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Le Roman d'une vie (1)

Le Roman d'une vie (1)
Jamais douleur n'aura été aussi forte, jamais l'esprit humain n'aura été autant bouleversé. La mort d'une jeune fille d'à peine une petite vingtaine d'années, avait finit par représenter pour moi, tout ce que la vie sur cette terre a de plus d'abjecte. Rosette avait finit par sa grande présence de créer en moi les conditions qui préludaient l'impossibilité de pouvoir imaginer, même dans le scénario le plus catastrophique, l'hypothèse qu'un jour même, elle disparaîtrait de ma vie. Je n'avais plus que mes yeux pour pleurer, mon c½ur pour être briser, et mon âme pour subir la torture et la peine qu'aucun être ici bas ne peut sûrement, ni comprendre, ni accepter.
Je me plaçais dans toutes les hypothèses et j'essayais d'envisager sereinement une quelconque explication qui m'aurais fait accepter l'inacceptable, mais je ne trouvais rien. Une seule chose me vînt alors à l'esprit, c'est cette parole du pasteur Martin Luther KING, « il n'y a pas grande déception s'il n'y a pas eu grand amour ». J'avais crié et dit mon amour à ma s½ur, comme jamais je ne l'avais dit à aucun autre être vivant auparavant. En lui disant que je l'aimais, je compris alors le sens de l'amour. La force de le dire me venait de mes tripes, et ce n'est pas ma bouche qui parlait, c'était l'ensemble de mon corps. Ce n'était plus mon cerveau qui pensait, mais la matière grise qui produisait cet effluent, me venait du c½ur. Et les paroles de la vierge Marie en ce moment là même me revinrent à l'esprit, je la revoyais encore au bas de la croix du Christ notre sauveur disant « ô chair de ma chair ». C'est maintenant que je comprends le sens de l'amour dont parlait le Christ, je n'avais jamais compris pourquoi il disait « le plus grand amour est de pouvoir donner sa vie pour ses amis ». Mais je ne pouvais pas rester aussi serein de douleur, quand le caractère implacablement tragique et fatal de cette terre finissait par se résumer sur le seul destin de ma s½ur.
Elle, qui avait tant cru que le savoir était une cause à défendre, un trésor à rechercher. Elle bâtissait le rêve de sa vie sur des paysages de littérature et de philosophie, et sa quête fut finalement aussi vaine que celle de la pierre philosophale que les savants ne fabriquèrent jamais. Elle avait brillé de mille feux, son bac enfin en poche, elle avait quand même pris soin de prendre avant le billet du bac, celui qui l'amenait à l'autre rivage, à l'autre bout du rivage de la vie pour ne pas voir son bac. Autre rivage d'une autre vie certes plus belle selon les écritures, mais ô combien douloureuse pour nous, qui fusionnions avec elle comme on en finit pas. Son destin n'est pas comme celui de la rose de Ronsard qui disparaît en l'espace d'un matin, du matin où elle vient de produire son parfum paradisiaque. Le destin de ma s½ur, quand lui, est celui d'une petite rose, une rosette à vrai dire qui dure à jamais. Elle annonce son parfum qui vous ouvre les protes du paradis, elle vous invite tous, à le humer pour entrer dans ce monde de félicités, au moment même elle capte alors le paradis dans une éternité incroyable et envoûtante, vous ne la voyez plus, elle est devenue éternelle. Elle ne meurt pas. Elle rejoint les étoiles, le soleil, les anges et toute la communauté du ciel.

MIMI est née dans une famille solide et solidaire, une famille unie.
En ce jour, où il n'a jamais été autant vrai, que de te dire que je suis loin de toi physiquement, je puis te dire que je n'ai jamais été aussi prêt de toi. Je t'écris cette lettre, comme la lettre que le plus grand des poètes écrirait à la personne la plus aimée. Le plus gros amour peut être de ma vie, vient là de s'en aller. C'est comme vivre sans mon propre avenir, vivre dans un futur qui ne sera plus, et dans un passé qui ne sera que toujours regrets. Un futur dans lequel je ne serai plus, parce sans toi, je ne peux y être pleinement. Je t'écris ici une lettre pour te dire que je regrette que nous n'ayons pas vécu tout ce que nous aurions dû vivre, tout l'amour que nous aurions pu nous donner. Je suis parti loin de toi, très loin pour aller nous préparer un avenir, un chemin. Tu sais tous mes projets n'étaient fait que pour toi, quand je rêvais du beau, il n'était que parce que tu pouvais y vivre. Le décor de ce monde n'était vrai que parce que tu étais vrai. Je n'ai pas souvent manifesté auprès de toi tout cet amour fort et même violent que j'ai éternellement pour toi, parce que cela me paraissait évident, et je m'en sens coupable. Autant mieux manifester les amours les plus évidents, plutôt que ceux qu'on recherche.
Tu sais la vie nous a trahie, c'est la grande traîtresse, et comme toutes les traîtresses, elle est malheureuse. Elle gagnera certes son combat, mais désormais, j'aurai toujours du mépris pour elle. Tu sais ma s½ur, ce monde n'a pas toujours été pour nous le meilleur des mondes possibles. Les choses ont souvent été très difficiles pour nous, tu sais. Au début nous avons eu une vie glorieuse et belle. La vie a été aussi belle que nous pouvions l'espérer, nous ne pouvions pas imaginer le bonheur autrement que ce que nous vivions avec nos parents et nos frères et s½urs. Nous avons eu des parents géniaux. Nous étions une famille soudée et heureuse, avec des parents qui avaient au centre de leur vie, leurs enfants que nous étions. Mais tu sais, parait que les bonnes choses ne durent pas longtemps. Il y eut par l'entremise d'un divorce une rupture familiale, qui a été pour nous le début de la descente aux enfers. La vie a alors semblé mener une revanche sur nous. Souffrance après souffrance, nous avons même vu les choses se délités, je ne veux pas dire l'amour de nos parents décliné petit à petit. Après il y a eu l'amour, notre amour qui a triomphé. nous nous sommes reconstruit par lui. Nous sommes redevenus la famille soudée qui avait retrouvé son équilibre dans un environnement qui était lui devenu hostile. Notre pays avait perdu la tête, la dérive était totale, la léthargie était profonde et collective, nous avons empathie, mais en aucun cas, grâce à l'amour nous n'avons cédé. Et tu sais, j'ai toujours eu des rêves fous, dans lesquels tu étais le personnage central. Je nous ai imaginé résident dans la même chambre à Yaoundé, toi à l'université, moi je ne sais où ! Mais je vais te dire, Dieu n'a pas voulu. Je me suis mis à rêver de toi ici dans ce pays difficile, dans cette France des entraves pour nous, mais je croyais dur comme fer qu'ici tu ferais ta vie. Mon ambition principale s'était ça, et je ne vivais que pour ça. Mais comment faut il que tu meurs à ce moment, au moment où tu arraches de haute lutte ton baccalauréat, que j'avais imaginé déjà comme l'un des jours les plus beaux jours de ta vie de la nôtre. Tu sais si le monde veut que la mémoire de ceux qui sont morts s'efface pour que la vie renaisse, alors c'est la mienne qui s'est effacée le 13 Juillet 2005, et elle ne survivra à rien, surtout pas à toi, car tu ne sera jamais morte pour moi, d'ailleurs je ne t'ai pas vu mourir et j'ai jamais vu ton corps. Le monde n'a plus aucun sens pour moi, rien de ce que je ferai sur cette terre ne m'émouvra plus, je crois que si comme on dit « que c'est Dieu qui a permis ta mort » je crois aussi qu'il a voulu que je n'ai plus la même vision faussée d'un certain bonheur de la vie qui n'est finalement qu'illusion. Mais libre à chacun de trouver sa saveur à cette « grande hypocrite » qu'est la vie. Des fois je me dis que toutes ces rumeurs vrai sur ta mort ne sont qu'un cinéma qui se déroule dans ma tête, et encore que peut être il n'y a pas plus grand personnage dans ma vie qui n'est finalement rien d'autre que toi. Avec l'éviction de ce personnage centrale, le tournant le plus irréversible d'une petite vie de petit noir appelé à n'être qu'un futur mort, rend inutile pour moi-même à jamais ma propre vie. Rien ne sert de vivre lorsque son motif de vie n'est plus, je voudrais m'arrêter ma s½ur, mais des raisons qui ne viennent pas de moi, mais de ceux que nous aimions ensemble m'empêchent de lâcher la barque. S'il te plais ma s½ur, sois à mes côtés, je sens ta présence, reste avec moi et en moi à tout instant.
Les évènements de la vie de tous les jours m'apportent des choses contradictoires. Déjà il faut noter que la vie ne fait pas de cadeaux. Quels que soit les malheurs que l'on a vécu, on est jamais favorisé ou ménager par les gens que nous rencontrons dans le déroulement de notre vie. Pas de circonstances atténuantes donc face à l'agressivité de ce monde.
# Posté le dimanche 29 juillet 2007 10:44

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